Who's Next : l'orage apprivoisé
Un synthé qui pulse comme un cœur mécanique, et soudain le rock n'est plus tout à fait le même.
En 1971, The Who sort des ruines d’un projet de rock opera abandonné, “Lifehouse”, trop ambitieux, trop fou pour tenir sur un disque. De cet échec naît Who’s Next, et c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait leur arriver.
Pete Townshend y introduit le synthétiseur ARP dans un rock encore largement bâti sur guitare-basse-batterie, et ce son froid, cyclique, presque robotique, s’entrelace avec la voix rauque de Roger Daltrey et la batterie chaotique de Keith Moon comme deux mondes qui se percutent sans se détruire.
L’album respire la fureur contenue, la mélancolie virile, la rage qui se sait déjà nostalgique d’elle-même. Chaque morceau semble prêt à exploser, retenu au dernier instant par une structure presque classique. C’est un groupe au sommet de sa puissance qui choisit la précision plutôt que le chaos pur.
Il reste la preuve qu’un accident peut devenir une architecture.

