You Really Got Me : quand les Kinks ont inventé le futur
1964. Londres transpire encore sous le poids des conventions, mais dans un studio de Muswell Hill, une déflagration s’apprête à déchirer le velours de la pop.
You Really Got Me n’est pas qu’une chanson ; c’est le cri de naissance du hard rock, le Big Bang de la distorsion.
Musicalement, c’est une révolution de la brutalité. Oubliez la virtuosité complexe : tout repose sur ce riff obsessionnel, deux accords qui tournent en boucle comme une idée fixe, une pulsion primitive. La structure est sèche, nerveuse, portée par le chant de Ray Davies qui semble constamment au bord de l’asphyxie amoureuse.
L’anecdote de légende ? Elle se cache dans l’ampli de Dave Davies. Frustré par le son trop propre de l’époque, il a lacéré le haut-parleur de son petit ampli “Elpico” avec une lame de rasoir. Ce son sale, baveux, ce “fuzz” avant l’heure, c’est le bruit d’un adolescent qui vandalise le confort bourgeois pour faire hurler son cœur.
Pour moi, ce morceau reste l’étalon or du désir. C’est une décharge électrique de deux minutes qui prouve que l’élégance ne vaut rien face à la sincérité du chaos. Si les Beatles étaient le soleil et les Stones la lune, les Kinks étaient l’orage qui nous a tous électrocutés.

